Petite mise en situation : tu es tranquillement perdu dans tes pensées à rêvasser, tandis que le gugus qui te fait face s’agite dans tous les sens et s’évertue à expliquer à toute une classe de bovins encore endormis que NON, excusar en espagnol ne veut pas dire excuser. (C’est « éviter » si vous voulez tout savoir)

Et soudain, ça te fait tilt.

Tu n’avais pas fait attention jusque-là, trop absorbé(e) par la tresse mi-africaine-semi-fishtail plaquée sur le côté de la voisine de devant. Et pendant que tu te reconnectais avec le monde, dans un petit sursaut d’intérêt face à la leçon (ou une blague lancée par le kéké de la classe qui a fait rire tout le monde, te réveillant subitement) tes oreilles ont perçu ce qu’elles n’auraient jamais voulu entendre.
Ta camarade assise juste à côté de toi est en train de mâcher un chewing-gum comme si sa vie en dépendait.
Et pas le petit bruit discret que font la plupart des gens la bouche fermée, oh non. Bien trop facile.
Je parle évidemment du grand et rapide mouvement de mastication, bouche ouverte s’il te plaît. Celui qui, à la différence de cette chère jeune femme, te fais serrer les dents.
Insupportable.

C’est comme si ce joyeux « chtac chtac » s’infiltrait en toi et venait grattouiller toutes tes petites cellules nerveuses au plus profond de ton être jusqu’à te faire exploser intérieurement.
Non parce que si clouer la main de ton voisin à la table avec ton ciseau spécial gaucher s’avère être la solution salvatrice pour ta santé mentale à l’instant T, ça risque quand même de t’attirer quelques soucis.

Tu as déjà connu une situation similaire à celle-là ?
Où un simple bruit de bouche n’échappant pas à ton radar auditif provoque un bouillonnement dans ta tête que tu t’efforces à cacher, histoire de ne pas passer pour la déséquilibrée de service ?

Si tu secoues négativement la tête (plutôt virtuellement hein), alors je te dis – hallelujah !-  tu n’as pas de trouble psychologique (du moins pas celui-ci) et je t’envie beaucoup. Par contre si tu t’es un peu reconnu dans ce que j’ai dit plus haut, voir que tu t’es carrément exclamé(e) haut et fort (toujours dans ta tête, soyons réalistes deux secondes) :
« Hey !! Mais c’est EXACTEMENT ça » , dans ce cas-là give me five ! MES FELICITATIONS : il se pourrait bien que tu sois misophone. Misophone ? C’est quoi ce mot barbare qui rime avec téléphone ? Microphone ? Anglophone ? Dictaphone ? Ok j’arrête.

Je pense qu’après mon introduction aussi longue qu’un film de James Cameron, tu dois être sur la bonne piste. Et si tu n’as pas suivi (ce qui est très vexant en soit), passons directement à la minute Wiki :

 « La misophonie, littéralement « haine du son », est un trouble neuropsychiatrique rarement diagnostiqué mais commun caractérisé par des expériences négatives (colère, haine ou dégoût) déclenchées par des sons spécifiques. »

Voilà voilà. J’ai pas tout pris parce que sinon je t’aurai perdu, mais ça résume bien la bestiole. En précisant que les dits « sons spécifiques » peuvent être à peu près tout et n’importe quoi, du simple reniflement régulier au bruit de mastication (ma hantise profonde), en passant par le fameux « tic-tac » d’horloge. Tout peut y passer, du moment que ceux sont des bruits récurrents que ton esprit regroupe dans la catégorie chiantitude d’intensité exceptionnelle.
Généralement considérés comme « normaux » (exit le rap de Kev Adams dans Aladin) et quotidiens, les nuisances ont une faible intensité sonore. D’ailleurs dans un groupe, c’est souvent le genre de bruit qu’on est les SEULS à remarquer et à en être incommodés.
De quoi passer pour un foufou incompris. Parce que si certains de mes amis étant au courant de ma misophonie ou même qui sont dans le même cas que moi (Rémi si tu passes par-là) l’acceptent plutôt bien, c’est nettement moins évident pour ma famille.
Ils ont beau être habitués à mes soupirs d’agacement, mes regards exaspérés, et mes petits coups de gueule (aaah, les repas à la maison, ces moments de partage uniques emplis de calme et de sérénité. Ironie quand tu nous tiens), ça ne passe toujours pas.
Au mieux, ils ne font comme si de rien n’était, au pire j’ai le droit à un énervé « bon ça suffit, on a le droit de mâcher non ? Toi aussi tu fais du bruit ! ».
Dur dur d’être incomprise.
En même temps c’est vrai que moi aussi je masticote (et j’invente des mots par la même occasion).
Toi aussi hein. Mais c’est pas PAREIL. Mon propre bruit ne me dérange pas, autre caractéristique du misophone traditionnel.

Pour te faire part de mon vécu, j’ai créé ce petit top 10 des situations et faits récurrents où ma misophonie peut gambader à l’air libre dans mon esprit, histoire de te faire marrer un peu (ou de te provoquer des frissons d’angoisse mouaha) :

1. La craie qui crisse sur le tableau noir (ou vert, ou bleu, bref on s’en fout, concentre-toi sur cette craie).

2. En cours. Toute la classe est silencieuse, plongée dans un dossier de 10 pages sur les enjeux politico-économiques des ressources pétrolières dans le monde. C’est à cet instant précis que ma copine et voisine de table décrète que c’est le moment idéal pour gratter l’intégralité de son vernis à ongles…avec ses ongles (tic tic tic tic…). Et croyez-moi, 10 pages à lire + 10 ongles à passer au karcher, le temps paraît long. Très long.

3. Dans le tram, lorsque la personne assise à côté de moi a des écouteurs et que je ne perçois que le « bzzz zzz bsss zz » de sa musique.

4. Le gros « slurrrp » qui ne passe pas inaperçu, indicateur sonore que ce soir, c’est velouté de poireaux party !

5. Dans le même registre le glouglou (surtout lorsqu’il est aigu) quand quelqu’un boit à la bouteille. Je ne te dis pas l’agacement quand cette dite personne n’a pas bu depuis douze heures.

6. Une amie qui se coiffe avec sa brosse à cheveux pneumatique à picots en plastique. Une vraie torture auditive lorsque celle-ci a une crinière épaisse et une longueur de cheveux approximative de 125 cm.

7. Le mâchouillement de chewing-gum, indétrônable. Cf mise en situation

8. Ce pote de l’IUT qui mange son sandwich jambon emmental bouche ouverte. Tous les midis. Mais ferme moi cette mâchoire bon sang ! (Oui, je le reprends une fois sur deux)(mais je l’aime bien quand même)

9. N’importe quel individu qui croque une pomme et qui se trouve à moins d’un mètre de moi. Également valable pour la dadame de la pub fixodent.

10. Et enfin j’ai gardé le meilleur (enfin le pire) pour la fin : mon père.
De base je déteste plus que tout l’ensemble des bruits dû à la mastication/déglutition.
Mais alors si en plus l’auteur de cette nuisance est mon papa…tout est amplifié. Comment te dire…Je ne sais pas comment il se débrouille, mais il fait un bruit monstre quand il ingurgite ne serait-ce qu’un bout de pain.
À tel point qu’un beau jour lors d’un déjeuner (je m’en souviens bien, ma mère avait fait des lasagnes) le bruit que faisait mon père lorsqu’il mâchait et avalait était tellement intense que j’étais sortie de table sans même avoir touché au quart de mon assiette.
Je sentais que j’allais exploser.
Et à chaque repas c’est toujours la même appréhension, en fonction de ce que l’on mange. Heureusement qu’on a la télé en bruit de fond sinon je ne serai plus de ce monde (la nana qui n’exagère pas du tout).

BONUS : le signe « – » prononcé avec le « s » à la fin par le prof de maths. « Alors, vous voyez, si on applique la formule du dénombrement on obtient factorielle de 6 moinsss factorielle de 2. »
Le côté positif dans tout ça, c’est que ça fait vachement travailler le self-control 😉

Notons que pour ce tout premier article, j’ai déjà le don de me faire passer pour une personne très zen et absolument saine d’esprit, ha ha. Ne t’inquiète pas, j’ai encore pleins d’autres « bizarreries » à te confier…dans de prochains articles humeurs !

J’espère en tout cas que ce billet t’aura plu, n’hésite pas à me raconter tes anecdotes dans le même genre (et même si c’est total hors sujet c’est ok, j’aime bien les gens perchés moi).

À très vite !

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